En savoir plus sur Martial Bild
Il
aurait voulu enseigner l’histoire ; depuis 1978 il
la vit, et parfois la fait. Faisant fi de sa timidité
naturelle, et bridant son tempérament de gaffeur, il avance à
marche forcée. Sous ses airs d’enfant sage, Martial Bild
est un fonceur. Qui n’a qu’une détestation : les idées
molles.
Levons d’abord un mystère
: le patronyme de Martial Bild est d’origine
sarroise, du nom de la Sarre, land allemand limitrophe de la France et
du Luxembourg et qui ne fut définitivement rattaché à
la République fédérale d’Allemagne qu’en
1957 après avoir été, plusieurs décennies
durant, l’objet d’un vif contentieux entre la France et l’Allemagne.
La famille Bild ayant émigré,
c’est dans le XVIIe arrondissement de Paris, où ses parents
sont commerçants, que Martial vient au monde le 12
novembre 1961 alors que la France vit au rythme de ce que l’on
appelle les « évènements » d’Algérie.
Une jeunesse parisienne
Issu d’un milieu modeste, il effectue son primaire dans l’école
publique de la rue Legendre, puis intègre le lycée
Carnot, où il restera jusqu’à l’obtention
de son baccalauréat, section D. Parallèlement,
il est scout, dans la troupe de Saint-Charles-de Monceau. Il y
découvre un sens de l’ordre qui lui convient, et dont il
va se faire à son tour le propagandiste à Carnot, «
en réaction à ce milieu gauchiste et friqué »
dont il ne supporte plus l’hypocrisie… mais qu’il n’a
pas fini de côtoyer.
Le moment venu de se lancer dans les études
supérieures, c’est en effet à la faculté
de Tolbiac qu’il se retrouve, laquelle n’a pas précisément
la réputation d’être un fief réactionnaire,
alors que les lectures de Martial, elles, le sont déjà bel
et bien. Rêvant de pouvoir enseigner un jour l’histoire, il
a pour modèle Jacques Bainville (1879-1936),
qui fût l’un des historiens les plus lucides de son temps.
C’est à Tolbiac qu’il
fera la connaissance de Car Lang, venu parfaire
ses connaissances historiques, alors que Martial se
passionne, lui, pour la polémologie – l’étude
des causes des guerres - , une spécialité dont le moins
qu’on puisse dire est qu’elle n’a pas cessé d’être
utile à la bonne compréhension des évènements
internationaux…
Martial a quinze ans quand son père,
homme de droite et militant de la cause nationale, qui était l’un
des rares à soutenir Jean-Marie Le Pen en 1974, est très
prématurément enlevé à son affection. Mais
les valeurs qu’il a inculquées à son fils demeurent,
et celui-ci commence à s’intéresser à la politique.
Premières armes
En 1978, il
rejoint le Front de la Jeunesse (FJ) qui dépend du Parti des forces
nouvelles (PFN) que dirigent Roland Hélie, Jack Marshal et Pascal
Gauchon, et effectue non sans panache ses premières distributions
de tracts dans son propre lycée. Et en septembre
1980, il adhère au Front national, malgré la pression
de ses camarades qui trouvent Le Pen « ringard » et s’efforcent
de le convaincre de rester au PFN qui leur paraît plus moderne et
donc promis à un plus brillant parcours… Ils ont beau argumenter,
Martial ne partage pas leur analyse : « Jean-Marie
Le Pen me paraissait plus apte à construire l’avenir. Le
Front National me semblait plus sérieux, plus efficace, et j’en
avais assez de mener de petites actions qui ne débouchaient sur
rien. »
Allant sur ses 19 ans, Martial est aussitôt orienté
vers le Front national de la jeunesse (FNJ). Il refuse : «
Je cherche une structure pour faire de la politique. Au FNJ, on déconne
trop ! » Vu comme ça… Il a rencontre André
Dufraisse, responsable du Front national sur Paris. Ce fidèle
ami de Jean-Marie Le Pen, cofondateur du FN
l’accepte « parmi les grands ». Mais ce n’est
que partie remise de quelques mois. Car en juin 1981,
Martial est, contre son gré, bombardé à
la tête du FNJ pour le XVIIe arrondissement. Il en deviendra l’année
suivante le responsable parisien, puis, en 1983, couvrira l’ensemble
des activités du FNJ d’Ile-de-France.
A Tolbiac, Martial a très vite été
identifié. Il ne peut plus guère accéder au campus
sans être interpellé – quand il n’est pas franchement
insulté ou agressé. Le Front national,
de son côté, commence à se développer et Martial
subi ce qu’il appelle «un coup du destin»...
Lors d’une partie de tennis, son
genou a lâché. Trois interventions chirurgicales ont été
nécessaires, qui n’ont pas suffi à redonner toute
sa capacité à son articulation. Aussi lorsque survient l’examen
d’aptitude à effectuer son service militaire, Martial est
déclaré bon…pour rester chez lui. Si la France ne
veut pas de lui pour prendre les armes, qu’est-ce qui lui interdit
d’effectuer quand même un service national ?
Ainsi opte-t-il pour un « service civil »… au sein du
Front national.
A
la demande de Michel Collinot, il devient l’un
des premiers permanents du Front national et est enrôlé pour
se lancer dans sa première campagne électorale, comme militant
mais aussi comme candidat. En 1983, Martial figure
en effet sur la liste conduite par Jean-Marie Le Pen dans le Xxe arrondissement
de Paris. Une campagne mémorable puisqu’elle va être
marquée par l’élection de Jean-Marie Le Pen comme
conseiller d’arrondissement, et entraîner l’envol du
Front national.
Nuit et jour, ce sont collages et tractages
qui se chevauchent avec sa fonction d’animateur de Radio
Le Pen. Martial, qui est l’homme à tout faire, ne
s’en plaint pas. Il n’y a pas de meilleure école de
formation : « J’ai appris à coller
et à tracter, mais aussi à écrire et à communiquer,
à trouver les meilleurs moyens de faire passer des messages politiques.
»
En 1984, le Front national
tient congrès à Quarré-les-Tombes dans le Morvan.
L’objectif est de remodeler les structures du mouvement, de les
adapter à son décollage électoral, à l’afflux
de nouveaux adhérents et aux besoins qui en découlent, ce
qui va notamment se traduire par l’instauration de directions nationales,
devenues depuis les délégations nationales.
Le Front National de la Jeunesse
L’ordre
du jour du congrès ne comporte rien qui concerne le Front
national de la jeunesse. Il n’est prévu, ni de l’intégrer
officiellement dans les structures du FN, ni même d’en évoquer
le fonctionnement. Carl Lang et Martial Bild,
qui font office de dirigeants nationaux de fait du FNJ,
n’entendent pas rester en marge de la restructuration et s’invitent
aux débats. Bien leur en prend : une direction nationale du FNJ
est officiellement créée. Carl Lang
reçoit la charge de mettre en place les structures locales et de
superviser le service d’ordre ; Martial Bild
assumera toute la gestion administrative et fonctionnelle du FNJ.
Il sera aussi à l’origine de quelques-unes de ces actions
de propagande qui vont marquer l’histoire du Front
national.
L’une des plus célèbres
date de 1985. Sous la direction apparente d’Harlem
Désir, et sous celle, effective, de Julien Dray, l’organisation
SOS Racisme, a réussi à mobiliser
l’intelligentsia, les médias et une large part de la jeunesse
de France autour du slogan Touche pas à mon pote ! Le badge à
la main jaune est devenu le signe de reconnaissance des «antiracistes»
qui sont d’abord des antilepénistes. Désireux de ne
pas laisser le terrain monopolisé par l’adversaire, Martial
cherche une idée qui permette au FNJ
d’opérer une contre-offensive. La lecture d’un article
du quotidien Présent la lui fournit.
De l’injonction : Touche pas à mon peuple
! il va faire le mot d’ordre d’une génération
de jeunes militants frontistes.
Le
succès de « cette riposte violente »
à la propagande de SOS Racisme, selon
l’expression employée par Le Nouvel Observateur qui a décidément
une conception très personnelle de la brutalité, dépassera
toutes les espérances de son concepteur. En quelques semaines,
50 000 exemplaires du badge seront vendus, pour
le plus grand profit de son fabricant – qui n’était
autre que celui-là même qui produisait les mains jaunes de
SOS Racisme ! -, et pour celui du FNJ, qui put ainsi accélérer
son développement et se doter de nouvelles structures en province.
«
Cette campagne, reconnaît Martial Bild, a marqué le véritable
décollage du FNJ », dont la première université
d’été se tient, cette même année 1985,
dans la salle de la Mutualité à Paris en présence
de cent vingt cadres. « Pour pouvoir loger tout
le monde, il avait fallu réserver des chambres. Nous en avions
retenu certaines dans des hôtels proches de la rue Bernoulli, en
faisant plus attention au prix qu’à la bonne tenue de l’établissement.
Moyennant quoi certains se sont retrouvés logés…dans
des hôtels de passe ! »
L’année
suivante, c’est dans le château que le Cercle
national des combattants de Roger Holeindre vient d’acquérir
à Neuvy-Sur-Barangeon qu’est organisée, en septembre,
la deuxième université d’été.
Pour le confort, on reste toutefois dans le rustique. Le château
étant en travaux, les sessions se tiennent dans les écuries.
Les cadres dorment dans de vastes dortoirs de 50 lits, les douches sont
à l’extérieur, l’eau est froide et l’électricité
ne fonctionne pas !
« Dans ce type
de situation, certains se demandent au début ce qu’ils sont
venus faire dans cette galère. Mais au final, ils n’en gardent
que les bons souvenirs. »
Fort
des succès obtenus à la tête du FNJ, Martial
est élu en 1985, lors du congrès de Versailles, au comité
central du Front national, et prend en 1986 la responsabilité
totale du FNJ et fait son entrée au Bureau politique. Il la conservera
jusqu’en 1992.
Premiers mandats
Et
depuis 1983, il n’a manqué aucune occasion de se porter candidat
à tous les scrutins municipaux, législatifs et régionaux.
En 1989, il a été élu Conseiller
municipal de Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Les électeurs
l’ont reconduit en 1995. Mais en 2000,
lorsqu’il a été nommé secrétaire
départemental de Paris du Front national, en remplacement
de Martine Lehideux, il a préféré passer la main.
Mieux vaut laisser d’autres agir que de vouloir tout faire soi-même,
de ne pas y parvenir et de décevoir.
En 1992, il a également
été élu Conseiller régional d’Ile-de-France,
la liste qu’il
conduisait en Seine-Saint-Denis ayant recueilli près de 20 % des
suffrages. Il l'est toujours mais élu depuis 2004 sur la liste
parisienne.
L’un
de ses plus beaux souvenirs de campagne date des élections législatives
de 1993, lorsque, candidat en Seine-Saint-Denis contre Robert Pandraud,
ministre de la Sécurité publique de Jacques Chirac sous
la première cohabitation – et passé à la postérité
pour avoir déclaré, après la mort de Malik Oussekine
durant les manifestations étudiantes de décembre 1986 :
« Si j’avais un fils sous dialyse, je l’empêcherais
d’aller faire le con dans les manifs » - il obtient
près de 25 % des suffrages et accède au second tour.
Un acteur de premier plan
Adjoint,
depuis 1997, de Bruno Gollnisch au secrétariat général
puis à la délégation générale du Front
national, devenu, quelques semaines après la crise de 1998,
rédacteur en chef de Français d’abord,
Martial Bild est aussi, et même d’abord, le responsable
de la communication interne du Front, ce qui lui vaut d’avoir
l’une des voix les plus connues du FN, grâce à Audiotel,
et ce qui, surtout, vaut au Front national de n’avoir manqué
aucune des révolutions technologiques.
«
Ma passion pour les nouvelles technologies, explique Martial Bild, est
née d’un constat politique : les vecteurs officiels
de l’information forment tous des prismes ou des kaléidoscopes
déformant volontairement les idées du Front national. D’où
la nécessité de créer les moyens d’instaurer
une communication directe avec nos compatriotes, en contournant la presse
écrite ou audiovisuelle institutionnelle. Je dois dire que j’ai
été aidé par un précurseur : Michel Collinot,
qui eut l’idée astucieuse d’utiliser les moyens de
la téléphonie pour diffuser
un message politique. Ce fut Le Pen Infos qui, vingt-trois
ans après sa création, demeure un outil important dont le
FN est le seul parti à disposer. L’utilisation des
nouvelles technologies nécessitant des investissements, il va de
soi que rien n’aurait pu se faire sans l’aval de Jean-Marie
Le Pen. Or non seulement il m’a toujours apporté une aide
précieuse, mais en grand professionnel de la communication qu’il
n’a jamais cessé d’être – il ne faut pas
oublier qu’il a fondé la Serp -, il a toujours soutenu les
projets visant à utiliser les procédés les plus modernes
pour diffuser les idées nationales. »
C’est
ainsi que le Front national a été précurseur dans
plusieurs domaines. Il a été le premier mouvement en France
à retransmettre des meetings par satellite à travers tout
le pays ; le premier à distribuer à grande échelle
des cassettes audio puis vidéo lors des campagnes électorales
; le premier à être présent sur
le minitel avec le 3615 FN ou le 3615 LEPEN qui fonctionnent toujours
; le premier à s’engouffrer dans les progrès de la
téléphonie en se dotant d’un serveur Audiotel.
La
plus grande fierté de Martial est d’avoir anticipé
sur le développement exponentiel d’internet.
« Le Front national, là encore, a battu d’une courte
tête les Verts, et a été le premier en France à
apparaître sur cette toile mondiale dont nous connaissons les défauts
et les dangers mais qui nous permet de rayonner à travers le monde
et de le faire, pour l’instant encore, librement. »
N’a-t-il jamais éprouvé
la tentation de faire autre chose ? De rester au Front, bien sûr,
comme militant, comme cadre, comme élu, mais d’aller gagner
sa vie ailleurs ? De se lancer dans des projets professionnels plus personnels
? « Le Front national est très possessif,
et l’on finit par se croire indispensable » répond–il
en riant. S’il en avait le temps et les moyens, il sait cependant
ce qu’il aimerait faire. Créer «
le Télérama de droite, en moins chi…, euh, ennuyeux
! » Car « l’influence de la
télévision et le poids des médias méritent
que nous ayons notre support pour véhiculer nos propres idées
». Concevoir des journaux pour les enfants, tenter de bâtir
un « contre Bayard », par référence au groupe
Bayard Presse, ne serait pas non plus pour lui déplaire.
 Marié
depuis 1990 à Patricia avec laquelle
il a trois enfants : Andréas, Baptiste et Emilia-Marie, Martial
n’a rien perdu de ses idéaux, ni de sa motivation : «
Je hais les idées molles ! » Et
qu’importe si, lors des vacances en famille à La Baule, sa
notoriété leur vaut parfois quelques désagréments,
comme de retrouver la tente de plage taguée de quelques insultes
: « Vingt ans de militantisme, ça
vous forge le caractère. »
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